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Les questions en suspens

Salon, GivernyJe viens d’avoir la réponse à une question que je me suis posée il y a douze ans. Une de ces innombrables questions sur le sens des mots qui traversent l’esprit en permanence quand on est petit. L’avantage d’apprendre des langues étrangères, c’est que ce questionnement continue tout au long de la vie.
Je me souviens de la première fois où ce mot est entré, avec ses points d’interrogation, dans mon vocabulaire. On m’avait recommandé les qualités des peintures Farrow and Ball, une marque anglaise au nuancier très raffiné. Parmi les noms donnés aux teintes, souvent associées à des pièces de la maison, figurait un ‘drawing room blue’.
To draw, c’est dessiner. Le bleu de la pièce à dessiner ? J’imaginais un vaste manoir victorien débordant de chambres et de salles aux attributions diverses, j’imaginais la vie des dames de la bonne société qui trompaient leur ennui par des occupations acceptables. Je n’étais qu’à moitié convaincue, mais pas assez dubitative pour faire une recherche.
Et puis hier, en parlant du petit salon d’Alice dans la maison de Monet, une dame anglaise m’a soufflé que c’était son ‘drawing room’. « Cela vient de with-drawing room, la pièce où l’on se retire », a-t-elle précisé. Quelle révélation !
S’agissant du petit salon bleu, qui fut un temps violet paraît-il, on ne saurait parler de boudoir – qui se dit ‘Boudoir’ in English, mais oui. Un boudoir, c’est une pièce intime, féminine, pas une sorte de passage au sol carrelé, avec les livres de jardinage de Monsieur sur les étagères.
Quand on se lance dans la nomenclature des pièces de la maison, on entre dans un domaine aussi compliqué que passionnant. Les usages que les gens faisaient de leur habitation n’ont cessé de varier, en même temps que les modes de vie. Selon les classes sociales, les habitudes changent, les affectations des pièces aussi. Plus on est logé grand, plus l’utilisation des pièces est codifiée. Une pièce pour recevoir le matin, orientée à l’est, une autre pour l’après-midi. Une salle pour le petit déjeuner, une autre pour le dîner. Des pièces réservées au maître de maison, d’autres aux enfants, d’autres à Madame. Cela doit encore être le cas dans les maisons très spacieuses, je suppose.
L’usage donc, à l’époque victorienne, voulait qu’en fin de repas les dames se retirent dans un salon pour papoter, tandis que les messieurs traînaient un peu à table et parlaient de politique, d’affaires et autres sujets masculins. Puis les hommes venaient rejoindre les femmes au salon. On voit que l’égalité des sexes a fait des progrès depuis cent cinquante ans.
Il reste à Giverny des traces de cette division des espaces qui prévalait aussi en France, mais la bâtisse est trop petite pour compliquer les choses à l’excès. Ainsi, le côté gauche de la maison est réservé à Claude Monet, avec l’atelier au rez-de-chaussée, sa chambre et son cabinet de toilette au-dessus, et le privilège d’une entrée privative avec escalier personnel. Comme un petit duplex. Au calme, le plus loin possible des allées et venues de la maisonnée.


2 commentaires

  1. Monet411477 dit :

    Bonjour, plongée dans la lecture de "Nymphéas noirs" de Michel Bussi, qui évoque votre site, et curieuse de nature, je vous rends donc visite et poursuis avec plaisir cette promenade dans un univers qui vous happe et ne vous lâche plus. Merci et à bientôt de vous lire !
    Frédérika Mangin

  2. Ariane dit :

    Merci pour votre visite Frédérika. Et bonne chance pour démêler les fils de cette intrigue au dénouement surprenant…

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