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Effet du matin

Lever de soleil sur la Seine
Lever de soleil sur la Seine près de Giverny

Mais comment faisait Monet pour peindre ses tableaux d’effets de lumière ? La théorie, on la connaît : se lever avant le jour, être au motif au moment où l’aube pointe, capter les couleurs aussi vite que possible, changer de tableau chaque fois que les teintes évoluent, et revenir le lendemain continuer son oeuvre, en espérant que les effets seront au rendez-vous.

Mais il faut se frotter à la pratique pour saisir toute la difficulté de l’opération. Un peu comme les archéologues qui essaient de comprendre les techniques du passé en les expérimentant, c’est en mettant ses pas dans ceux de Monet qu’on perçoit le challenge.

Beaucoup d’efforts s’engagent sur un pari, celui que la lumière sera belle, que l’effet sera là. La veille on a réglé le réveil une heure avant le jour, évalué la météo. On se lève alors que le ciel est noir, indéchiffrable. On s’habille en mode pôle nord, on prépare ses affaires, et c’est parti.

Il m’est arrivé que l’expédition capote dès la porte de la maison. A peine dehors, je constate dépitée qu’en fait il bruine. J’imagine comme Monet aurait ragé. Il ne disposait pas de Météo France. Savait-il prédire le temps du lendemain ?

Mais mettons que les prévisions aient vu juste. L’Est blanchit. J’avoue que je triche un peu : je m’approche du motif en voiture. Je ne peins pas à l’huile, mon matériel se résume à un appareil photo.

L’air est vif, le sol boueux glisse. Où le soleil va-t-il se lever ? Certainement Monet faisait un repérage préalable pour trouver l’angle idéal. Il ne pouvait pas en essayer trente-six comme un photographe, et il lui fallait du temps pour s’installer avant l’effet.

La gageure, c’est d’espérer retrouver le même effet plusieurs fois pour achever la toile, car chaque jour est différent. Tantôt le ciel se donne à fond, tantôt il s’économise. Que faisait Monet les jours où le spectacle était décidément moins beau que la veille ? Est-ce qu’il arrivait à voir des merveilles bleutées là où je ne vois que du gris ?

On comprend qu’il ait souffert de découragement quand la nature ne jouait pas le jeu, encore et encore, malgré sa persévérance à être fidèle au rendez-vous. Mais ce qui est très perceptible aussi, c’est l’exaltation qu’il devait ressentir quand elle décidait de sortir le grand jeu.

Le ciel est si beau que la fièvre me gagne. Eblouie par le show, je m’applique. Dans un contre la montre effréné je multiplie les réglages et les cadrages. Ces couleurs splendides sont un cadeau du ciel, au sens propre.

Quand on a goûté à cette magie, c’est une drogue. Elle est assez puissante pour motiver quiconque à sortir de son lit dans l’espoir de cette rencontre absolue entre la nature et nos yeux d’humains.


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Ariane.

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